mardi 3 novembre 2026 S’abonner à la newsletter
Actualités de l'emploi

TDAH au travail : salariée placardée puis licenciée, elle obtient 240 000 euros en 2026

Contrainte de travailler dans un ancien placard en raison de son TDAH, puis licenciée, une salariée d'un hôtel de luxe britannique vient d'obtenir plus de 200 000 livres de dédommagement : une affaire qui rappelle, aussi en France, les obligations des employeurs envers les salariés neuroatypiques.

L’essentiel

  • Plus de 200 000 livres, soit près de 240 000 euros : le dédommagement accordé à Roberta Ghiotto, salariée atteinte de TDAH licenciée en mars 2024.
  • Pendant trois jours, elle a dû gérer la paie seule dans un ancien placard sans fenêtre ni téléphone, sans formation ni expérience préalable.
  • Le tribunal du travail de Reading a conclu à une discrimination liée au handicap et à un défaut d’aménagement raisonnable du poste.

L’affaire a été jugée au Royaume-Uni, mais elle résonne fortement en France. Roberta Ghiotto, embauchée en octobre 2023 comme coordinatrice « talents et culture » dans un hôtel cinq étoiles d’Oxford géré par le groupe Accor, avait informé son employeur de son TDAH et de ses difficultés à se concentrer dans un open space. Plutôt que d’aménager son poste, son nouveau directeur général l’a isolée dans un ancien placard, puis l’a licenciée.

Une salariée « mise en échec » par son employeur

Roberta Ghiotto travaillait comme coordinatrice « talents et culture » au Hawkwell House Hotel, un établissement cinq étoiles d’Oxford géré par le groupe Accor. Embauchée en octobre 2023 dans le cadre d’un remplacement de congé maternité, elle n’avait ni fiche de poste, ni qualification formelle en ressources humaines, et devait effectuer une période d’essai de trois mois.

Environ un quart de ses missions consistait à établir la paie, une tâche qu’elle jugeait nettement plus difficile que le reste en raison de son TDAH. À l’arrivée d’un nouveau directeur général, Anuj Sagar, la situation s’est dégradée : il a prolongé sa période d’essai de trois mois supplémentaires, puis lui a demandé de se consacrer exclusivement à la paie pendant trois jours, dans une pièce isolée qui était en réalité un ancien placard, sans fenêtre ni téléphone.

Le tribunal a retenu que cette mise à l’écart relevait d’une stratégie visant à la faire échouer, le directeur général ayant lui-même admis avoir cru à une « insubordination délibérée » de sa part. La salariée a été licenciée en mars 2024 ; la justice britannique a depuis conclu qu’elle avait été « mise en échec de façon délibérée », une qualification qui pèse lourd dans ce type de contentieux du licenciement.

TDAH sans diagnostic : la protection s’applique quand même

Le point le plus marquant de la décision concerne l’absence de diagnostic. Lorsque son directeur général lui a demandé si son TDAH avait été formellement diagnostiqué, Roberta Ghiotto a répondu que non. La direction a alors estimé qu’elle pouvait la licencier sans risque juridique, un raisonnement que la juge Akua Reindorf a sèchement écarté.

Le tribunal a jugé que la salariée était bien atteinte de TDAH, même sans diagnostic formalisé, et que son employeur en avait connaissance. En droit britannique comme en France, un diagnostic n’est pas une condition préalable à la reconnaissance d’un handicap : ce qui compte, c’est l’impact durable de la pathologie sur la vie professionnelle.

Ce point résonne d’autant plus en France que la neuroatypie y reste largement méconnue. Beaucoup de salariés concernés décrivent l’open space comme « un marteau-piqueur » permanent, sans oser demander un aménagement de peur d’être stigmatisés, comme le souligne un récent dossier de la presse régionale consacré au sujet.

Ce que cette décision change pour les employeurs français

La facture finale a de quoi faire réfléchir : 200 252 livres de dédommagement, soit près de 240 000 euros. À cela s’ajoutent les frais d’avocat et l’atteinte à la réputation d’un établissement de luxe dont la marque employeur est directement mise en cause.

En France, la loi impose aux employeurs une obligation d’aménagement raisonnable du poste de travail pour les salariés en situation de handicap, et le TDAH peut ouvrir droit à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Concrètement, quelques mesures simples suffisent souvent :

  • un poste dans un espace calme, à l’écart du bruit de l’open space ;
  • des consignes écrites et des objectifs découpés en étapes ;
  • des points d’étape réguliers plutôt qu’une mise sous pression isolée.

Un aménagement de ce type coûte infiniment moins cher qu’un contentieux. Les employeurs ont tout intérêt à prendre au sérieux les demandes de leurs salariés neuroatypiques, plutôt que d’y voir de la mauvaise volonté, comme le rappelle aussi la montée en charge des obligations de prévention en entreprise. Car cette affaire le montre : derrière un « placard », il y a parfois une addition à six chiffres.

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