mardi 3 novembre 2026 S’abonner à la newsletter
Salaires

Smic 2026 : le gouvernement envisage une hausse anticipée d’environ 15 euros par mois

Face à la grogne sur le pouvoir d'achat, le gouvernement de Sébastien Lecornu envisage d'anticiper la revalorisation du Smic de janvier 2027, soit environ 15 euros de plus par mois pour les salariés concernés.

L’essentiel

  • Le gouvernement étudie une hausse anticipée du Smic au 1er janvier 2027, un scénario déjà utilisé fin 2024 par Michel Barnier.
  • La hausse envisagée serait de 1 %, soit environ 15 euros de plus par mois au niveau du salaire minimum.
  • L’inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre, alors que le pouvoir d’achat des salariés du privé n’a progressé que de 1,5 % en 2025.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu étudie sérieusement une hausse anticipée du Smic, selon une information des Echos. Objectif : apaiser des tensions sociales nourries par une inflation repartie à la hausse et par les manifestations du 17 octobre. La mesure, d’environ 1 %, représenterait 15 euros de plus par mois pour les salariés payés au salaire minimum.

Une revalorisation anticipée, un scénario déjà vu fin 2024

Le scénario étudié par l’exécutif rappelle une mesure déjà décidée fin 2024, lorsque le gouvernement de Michel Barnier avait choisi d’anticiper la revalorisation annuelle du Smic. C’est ce précédent, surnommé « Barnier » en interne, que l’équipe de Sébastien Lecornu envisage aujourd’hui de reproduire pour répondre aux revendications salariales.

Concrètement, la revalorisation légale du 1er janvier prochain pourrait être avancée de quelques semaines. Le gain resterait modeste : environ 1 %, soit 15 euros de plus par mois pour les salariés rémunérés au salaire minimum. Une hausse limitée, mais à forte portée symbolique dans un contexte social tendu.

En France, le Smic est revalorisé chaque année au 1er janvier, avec un complément possible en cours d’année lorsque l’inflation dépasse 2 %. C’est précisément ce mécanisme d’anticipation que l’exécutif souhaite actionner, sans attendre la date butoir.

Pourquoi le pouvoir d’achat reste au cœur des tensions

L’inflation est repartie à la hausse : elle a atteint 3,1 % sur un an en septembre, portée notamment par l’envolée des prix des carburants liée au conflit en Iran. La question du pouvoir d’achat était d’ailleurs au cœur des manifestations du 17 octobre, marquées par des actions en marge des cortèges.

Les derniers chiffres de l’Insee donnent la mesure du décalage : le salaire net médian des salariés du privé s’établit à 2 238 euros par mois, loin des 2 797 euros de salaire moyen. Autrement dit, un salarié sur dix touche moins de 1 519 euros net, quand les 10 % les mieux payés dépassent 4 441 euros.

Le pouvoir d’achat des salariés du privé a certes progressé de 1,5 % en 2025, l’une des plus fortes hausses depuis 1996. Mais un regain d’inflation de 2,1 % est attendu en 2026, de quoi effacer une partie des gains, comme l’explique notre article sur le salaire médian face à l’inflation.

Une hausse anticipée qui divise les économistes

Tous les experts ne partagent pas l’enthousiasme. Stéphane Carcillo, économiste à l’OCDE et président du groupe d’experts sur le Smic, juge qu’anticiper la hausse du salaire minimum « n’est pas une bonne idée ». Il pointe un risque : celui d’une smicardisation accrue, qui écraserait la hiérarchie des salaires à la base de l’échelle.

Ce débat s’inscrit dans un contexte où les hausses profitent davantage aux mieux rémunérés : +1,6 % pour les 10 % les plus aisés, contre +1 % pour les moins bien payés en 2025, selon l’Insee. Un déséquilibre qui nourrit la pression sur l’exécutif, au moment même où les salaires de la fonction publique territoriale restent en retrait.

Reste une inconnue : le calendrier. La décision finale dépendra de l’évolution des prix et du rapport de force social dans les prochaines semaines. Une chose est sûre : la question du salaire minimum s’annonce centrale dans le débat économique de fin d’année.

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