Pouvoir d’achat 2026 : le salaire médian en hausse de 22,8 %, effacé par l’inflation
Entre une inflation qui repart à la hausse et des salaires qui stagnent, le pouvoir d'achat des Français s'érode. Les derniers chiffres de l'Insee confirment un décrochage qui alimente la colère sociale.
- Depuis 2017, les prix ont augmenté de 23,4 %, effaçant la hausse du salaire médian (+22,8 %).
- En septembre 2026, l’inflation sur un an atteignait 3,1 %.
- 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, contre 8,5 millions en 2016.
Le coût de la vie est au cœur des revendications des manifestants, et les données de l’Insee donnent corps à ce ressenti. Si le pouvoir d’achat global a longtemps progressé, la nouvelle poussée inflationniste de 2026 et la stagnation des salaires réels creusent l’écart entre les statistiques et le vécu des ménages.
Une inflation repartie à la hausse depuis mars 2026
L’inflation est le premier moteur de la colère sur le pouvoir d’achat. Selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 23,4 % depuis 2017. Cette hausse a été continue, avec des pics en 2018 lors de la flambée des carburants, puis entre 2021 et 2023 sous l’effet de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine.
Sur les dix dernières années, l’énergie a flambé de 60 %, l’alimentation de 35 % et les services de 20 %. Depuis mars 2026, la France connaît une nouvelle poussée inflationniste : la guerre au Moyen-Orient a fait envoler les prix à la pompe ainsi que les factures de gaz et d’électricité, tandis que les canicules et la sécheresse de l’été ont renchéri de nombreux produits alimentaires. Résultat : en septembre, l’inflation sur un an atteignait 3,1 %.
Des salaires réels qui stagnent, une première depuis des décennies
Face à cette hausse des prix, les salaires peinent à suivre. Depuis 2017, la hausse du salaire médian (+22,8 %) a été gommée par l’inflation (+23,4 %). Les salaires réels, c’est-à-dire ajustés de l’inflation, stagnent : une situation inédite, alors que la hausse était devenue la norme de génération en génération.
Les chiffres de l’Insee racontent ce retournement : les salaires réels ont progressé de 1,5 % par an dans les années 1980, de 2,2 % dans les années 1990, de 1,6 % dans les années 2000 et de 1,2 % dans les années 2010, avant de se figer.
La fonction publique n’est pas épargnée : le point d’indice des fonctionnaires n’a augmenté que de 5,7 % depuis début 2017, bien en deçà de l’inflation. Un gel dénoncé de longue date par les agents, dont la rémunération moyenne reste en retrait, comme l’expliquait notre article sur les salaires des fonctionnaires territoriaux.
Un pouvoir d’achat en berne et des inégalités record
Pourtant, contrairement à une idée répandue, le pouvoir d’achat global des Français a augmenté ces dernières années, notamment grâce à la suppression de la taxe d’habitation, à la revalorisation de la prime d’activité et à la défiscalisation partielle des heures supplémentaires. Mais depuis le milieu de l’année 2024, sa progression ralentit, sous l’effet du retour de l’inflation et de l’arrêt des politiques sociales les plus ambitieuses.
Les moyennes masquent surtout de fortes disparités. En 2024, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, contre 8,5 millions en 2016. Les inégalités atteignent un niveau historiquement élevé : selon l’Insee, les 20 % de ménages les plus aisés captent désormais 38,8 % de la masse totale des niveaux de vie.
Une infirmière à domicile en zone rurale, dépendante de sa voiture, est plus touchée par la flambée des carburants qu’un citadin en transports en commun, illustre l’Observatoire des inégalités. Pour les revenus modestes, les salaires ne suffisent plus toujours à couvrir les dépenses contraintes. De quoi raviver la question du niveau des rémunérations, publique comme privée, que nous détaillions dans notre comparatif public ou privé.