mardi 3 novembre 2026 S’abonner à la newsletter
Actualités de l'emploi

Chômage au plus haut depuis 2020 : 44 % des entreprises peinent à recruter en 2026

Le taux de chômage atteint 8,3 % en France, son plus haut niveau depuis l'automne 2020, et pourtant près d'une entreprise sur deux dit encore peiner à recruter : plongée dans un paradoxe qui traverse tout le marché du travail français.

L’essentiel

  • Le taux de chômage s’établit à 8,3 %, en hausse de 0,9 point sur un an et au plus haut depuis l’automne 2020.
  • 44 % des entreprises rencontrent des difficultés importantes de recrutement, et 66 % dans le bâtiment.
  • Entre 200 000 et 300 000 emplois restent non pourvus, selon le directeur général de France Travail.

Comment expliquer qu’un chômage qui remonte cohabite avec des recruteurs qui ne trouvent personne ? C’est la question que pose Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, dans une interview accordée à La Tribune Dimanche. Ses chiffres dessinent un marché du travail à deux vitesses, où l’offre et la demande ne se rencontrent plus toujours. Derrière les moyennes nationales, le grand écart entre les secteurs et les générations raconte l’histoire d’un marché en pleine recomposition. Une situation que les demandeurs d’emploi comme les recruteurs vivent au quotidien, selon les secteurs et les régions.

Un chômage au plus haut, des recruteurs sous tension

Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage atteint 8,3 % de la population active, en hausse de 0,9 point sur un an après un niveau de 7,4 % douze mois plus tôt. Il faut remonter à l’automne 2020 pour retrouver un niveau aussi élevé, selon les données publiées par l’Insee.

Le paradoxe est là : malgré ce repli, Thibaut Guilluy affirme que 44 % des entreprises rencontrent des difficultés importantes de recrutement, un chiffre qui grimpe à 66 % dans le bâtiment. Au total, entre 200 000 et 300 000 emplois resteraient non pourvus sur le territoire, faute de candidats adaptés.

Ce tableau contraste avec la lecture de l’agrégateur d’offres Indeed, qui constatait récemment une baisse de 16,6 % des offres d’emploi sur un an, et une part de CDI en recul de trois points en deux ans. Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne :

  • Le design et la création artistique perdent 31,1 % de leurs offres, sous l’effet de l’intelligence artificielle.
  • Le génie industriel recule de 7 %.
  • La restauration, le nettoyage, l’assainissement et certains métiers de la santé résistent mieux.

Les jeunes paient le prix du déficit d’orientation

La remontée du chômage frappe d’abord les plus jeunes. Selon l’Insee, les bénéficiaires du RSA et les 15-29 ans contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage. Le taux d’emploi des moins de 25 ans plafonne à 35 % en France, contre 43 % en moyenne européenne.

Pour Thibaut Guilluy, la cause est moins conjoncturelle que structurelle : un travail étudiant trop peu développé et un déficit d’orientation, avec 50 % d’échec en première année de licence. Des milliers de jeunes quittent ainsi le système sans qualification, alors que les entreprises cherchent des profils qualifiés ou techniques.

Le décalage se lit aussi dans la montée de l’automatisation des métiers : face aux ravages de l’intelligence artificielle, une partie des jeunes se tourne vers les métiers manuels, moins exposés et plus demandeurs de main-d’œuvre, comme le relatait récemment Le Monde.

Comment France Travail tente de réconcilier offre et demande

L’opérateur public revendique des résultats concrets : 92 % des offres confiées sont pourvues et le délai moyen de recrutement est passé de 35 à 22 jours. Sa plateforme FranceTravailPro réalise 6 000 recrutements par jour.

Pour y parvenir, France Travail a multiplié les contacts avec les entreprises, de 100 000 en 2023 à 400 000 en 2025, et s’appuie sur l’intelligence artificielle pour rapprocher plus vite candidats et offres. Les petites entreprises peuvent désormais déposer une offre par simple commande vocale.

L’indicateur que met en avant Thibaut Guilluy est le taux d’emploi des 15-64 ans, passé de 65,5 % en 2017 à près de 70 % aujourd’hui, soit 2 millions de personnes de plus au travail en neuf ans. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou se félicite régulièrement que ce taux d’emploi avoisine ses plus hauts historiques. Une dynamique à préserver, alors que le gouvernement vise un taux d’emploi des 15-24 ans de 40 % d’ici 2030 et que les contrôles algorithmiques des demandeurs d’emploi se multiplient.

Cet article vous a-t-il été utile ?Soyez le premier à noter cet article.