INSP 2026 : 2 970 candidats pour 80 places, un niveau d’histoire jugé inquiétant
Le concours d'entrée à l'Institut national du service public (INSP), l'ex-ENA, n'a jamais attiré autant de candidats. Mais le président des jurys s'inquiète d'un niveau en histoire et en français jugé trop faible chez les futurs hauts fonctionnaires.
- 2 970 inscrits pour 80 places en voie générale : un record d’inscriptions depuis 1945.
- Le nombre de candidats a progressé de 38 % depuis 2024, soit 27 candidats pour une place au concours externe.
- La moyenne de l’épreuve de question contemporaine atteint à peine 8,08 sur 20, avec de lourdes lacunes en histoire et en orthographe.
Le concours d’entrée à l’INSP, qui forme les cadres dirigeants de l’État, n’a jamais été aussi disputé : 2 970 candidats se sont inscrits pour 80 places en voie générale, un record depuis 1945. Mais dans son rapport daté du 19 octobre 2026, Philippe Mahé, ancien préfet et président des jurys, dresse un constat sans complaisance : derrière des parcours de plus en plus impressionnants se cachent trop souvent de vraies lacunes en culture historique et en maîtrise de la langue française.
Un record de candidatures qui cache une sélection impitoyable
Avec 2 970 inscrits pour 80 places offertes en voie générale, le concours de l’INSP atteint un niveau d’inscriptions jamais vu depuis 1945, selon le rapport du jury. La progression est spectaculaire : le nombre de candidats a augmenté de 38 % depuis 2024. Cette affluence rend la sélection d’autant plus rude, et les chiffres des différentes voies le confirment.
Au concours externe, on compte 27 candidats pour une seule place à la dernière épreuve d’admissibilité. La pression est encore plus forte au concours réservé aux docteurs, avec 2 places pour 193 candidats présents à l’unique épreuve écrite. À l’issue de la session, 87 candidats ont été admis. Une sélectivité qui contraste avec un marché du travail où des dizaines de métiers peinent à recruter.
Histoire et orthographe : le constat sévère du jury
Au-delà des chiffres, c’est le niveau des candidats qui inquiète le plus. Philippe Mahé déplore « la méconnaissance par un trop grand nombre de candidats des faits majeurs de l’histoire politique, économique et sociale de la Quatrième et de la Cinquième République ». Il n’exige pas une érudition déconnectée des fonctions visées, mais la maîtrise des grandes étapes de la France contemporaine : institutions, décentralisation, construction européenne, mouvements sociaux ou création de la Sécurité sociale.
Les correcteurs de l’épreuve de question contemporaine, où la moyenne s’établit à 8,08 sur 20, dressent un constat voisin. Certains candidats ont ainsi attribué la publication du « J’accuse ! » d’Émile Zola au journal Libération, alors que cette lettre ouverte, écrite en pleine affaire Dreyfus, est parue dans L’Aurore le 13 janvier 1898, soit près d’un siècle avant la naissance de Libération.
La maîtrise de la langue française laisse tout autant à désirer. « Savoir orthographier Hannah Arendt, Alfred Dreyfus ou encore Xi Jinping pour un candidat à l’INSP est une connaissance de base », martèle le rapport. Les correcteurs relèvent notamment :
- des noms communs mis au pluriel en ajoutant simplement « -ent » ;
- des infinitifs confondus avec des participes passés ;
- des noms propres mal orthographiés.
Des pistes pour mieux sélectionner les futurs cadres de l’État
Face à ces constats, le jury ne se contente pas de pointer les faiblesses : il propose de faire évoluer les épreuves pour mieux distinguer, derrière les parcours et les connaissances, la capacité réelle à exercer des responsabilités. Parmi les recommandations :
- renforcer le poids de l’entretien ;
- rapprocher la mise en situation collective de véritables exercices professionnels, comme une réunion interministérielle, un comité de direction ou une cellule de crise.
Le rapport pointe aussi une dérive : la surenchère des stages et des doubles cursus chez de nombreux candidats du concours externe. Cette course au CV le plus fourni risque, avertit le jury, de renforcer une « discrimination implicite » au détriment de candidats tout aussi méritants, mais moins dotés en réseaux et en moyens. Un travers qui fait écho aux dérives du recrutement en ligne, où certains candidats manipulent leur CV pour contourner les logiciels de tri. Autre excès relevé à l’écrit : des copies citant plus de 40 auteurs au concours interne, une profusion considérée comme une faiblesse plutôt qu’une preuve de culture. Le message est clair : le concours recrute de futurs hauts fonctionnaires dont l’usage des compétences rédactionnelles sera « absolument nécessaire ».