Formation professionnelle : 4 visions politiques confrontées à la présidentielle 2027
CPF, apprentissage, financement et intelligence artificielle : quatre sensibilités politiques ont confronté leurs visions de la formation professionnelle, jeudi 5 novembre 2026 à Paris, en vue de la présidentielle de 2027.
- 4 personnalités politiques ont débattu le 5 novembre 2026 au colloque de la CPOF, à Paris.
- La démarche a mobilisé près de 1 000 contributeurs et fait émerger une soixantaine de propositions.
- La reconversion professionnelle et l’intelligence artificielle s’annoncent comme des sujets majeurs de la campagne 2027.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la formation professionnelle s’invite dans le débat politique. La Conférence permanente des organismes de formation (CPOF) a réuni quatre personnalités aux sensibilités très différentes pour confronter leurs visions du secteur, au terme de deux journées de travaux intitulées « Se mobiliser pour (trans)former, nos solutions dès 2027 ». Un premier échange qui révèle de vraies divergences sur les moyens, même si un large accord se dégage sur l’objectif : permettre à chacun d’évoluer professionnellement.
Quatre parcours, quatre approches de la formation
La table ronde réunissait quatre intervenants aux expériences très différentes, tous engagés dans la construction des politiques publiques de formation. Céline Gillier, déléguée nationale à la formation professionnelle du Parti socialiste, a défendu la promotion sociale et l’accompagnement des personnes. Robin Reda, ancien député de l’Essonne représentant la sensibilité de Gabriel Attal, a porté une conception centrée sur la liberté individuelle de choisir sa formation.
À leurs côtés, Franck Morel, avocat en droit social et ancien conseiller social d’Édouard Philippe, a mis l’accent sur l’organisation du système et le rôle des branches professionnelles. Jérôme Legavre, député de Seine-Saint-Denis pour La France insoumise, a pour sa part critiqué l’individualisation des droits au profit de la qualification reconnue collectivement.
CPF et apprentissage : des désaccords de fond
Premier sujet majeur : le compte personnel de formation. Tous s’accordent sur l’objectif d’évolution professionnelle, mais pas sur les moyens. Robin Reda défend la liberté individuelle de choisir sa formation, tout en reconnaissant qu’elle profite davantage aux mieux informés. Céline Gillier critique les conséquences de la monétisation du CPF, passé d’un compte en heures à un compte en euros, qui aurait selon elle favorisé une marchandisation de la formation.
Sur l’apprentissage, le clivage porte sur les financements. Robin Reda veut traiter ces dépenses comme des investissements d’avenir et dépasser une lecture strictement comptable. Franck Morel insiste sur les bons résultats d’insertion, mesurés notamment via InserJeunes. Jérôme Legavre dénonce les aides publiques aux entreprises et les risques d’effets d’aubaine, quand Céline Gillier pointe les ruptures de contrats et la nécessité de sécuriser les parcours.
Reconversion et intelligence artificielle : les chantiers de 2027
Invités à présenter une mesure emblématique, les quatre intervenants ont esquissé les priorités du prochain quinquennat. Franck Morel a proposé un véritable droit à la reconversion professionnelle, notamment pour les salariés dont les métiers seront transformés par l’intelligence artificielle et pour les seniors. Céline Gillier a défendu un pacte national pour les compétences et la reconversion, afin d’anticiper les transformations technologiques et la transition écologique.
Robin Reda a plaidé pour un plan massif de formation à l’intelligence artificielle, en mobilisant le CPF, tandis que Jérôme Legavre a évoqué l’abrogation de Parcoursup et un investissement dans l’enseignement professionnel. Le financement reste la question incontournable : État, Régions, branches professionnelles ou partenaires sociaux ne voient pas tous leur rôle de la même manière. Dans un contexte où jusqu’à 300 000 emplois restent non pourvus, la montée en compétences devient un enjeu économique direct.
En conclusion du colloque, Pascale Gérard, présidente de la CPOF, a résumé l’enjeu d’une formule : « On mesure le coût de la formation, mais pas assez le coût de son absence. » Selon elle, la France traverse une crise de la place accordée à la formation dans la société, entre fracture des compétences et raréfaction de formations fondamentales comme la lutte contre l’illettrisme. Pour les actifs qui envisagent de changer de voie ou de se lancer à leur compte, ces débats dessineront les outils de demain.