mardi 3 novembre 2026 S’abonner à la newsletter
Fiches métiers

Vignerons 2026 : à Amboise, 80 % de la relève ne vient plus du monde agricole

Longtemps affaire de famille, la transmission des vignobles d'Amboise change de visage : au lycée viticole, 80 % des élèves ne sont plus issus du monde agricole. Une bascule qui redessine l'avenir d'une filière confrontée à une vague de départs en retraite.

L’essentiel

  • 80 % des élèves du lycée viticole d’Amboise ne sont plus issus du monde agricole, contre 20 % historiquement : le profil s’est inversé.
  • 29,7 % des chefs d’exploitation viticole du Val d’Amboise seront en âge de partir à la retraite en 2032.
  • La relève se construit désormais via les reconversions d’adultes et la sensibilisation des collégiens au métier.

Le vignoble d’Amboise, en Indre-et-Loire, vit une révolution silencieuse. Pendant des décennies, les exploitations se transmettaient de père en fils, nourries par les enfants du cru. Aujourd’hui, selon le directeur du lycée viticole d’Amboise, Pierre-Yves Granata, les enfants de vignerons destinés à reprendre l’exploitation familiale ne forment plus qu’une minorité des élèves. La filière doit donc composer avec une relève venue d’ailleurs, qui bouleverse ses habitudes de recrutement et de formation.

Une relève venue d’ailleurs

« Avant, c’était 80 % d’enfants du milieu agricole et 20 % de non-issus. Là, ça s’est inversé : on a 80 % de personnes non issues du monde agricole », détaille Pierre-Yves Granata, directeur du lycée viticole d’Amboise. Ce renversement de proportion marque une rupture pour une filière longtemps alimentée par les transmissions familiales.

Cette bascule raconte aussi un changement plus profond : celui de l’attractivité des métiers de la terre auprès de profils sans lien familial avec la vigne. Le lycée devient alors la porte d’entrée naturelle de ces nouveaux venus, qu’il faut former de zéro, du travail du sol jusqu’à la vinification.

Le lycée recrute au-delà de son territoire, même si, en seconde professionnelle et en bac pro, beaucoup de jeunes viennent encore d’Amboise ou de son bassin. L’établissement s’appuie sur son réseau de vignerons pour organiser les stages, tandis que la Chambre d’agriculture prend le relais sur les transmissions d’exploitation.

Le problème dépasse d’ailleurs la seule Amboisie. « Ça reste toujours difficile de recruter des jeunes dans les métiers de la vigne », tempère le directeur. Le renouvellement des générations sera même l’un des thèmes du congrès 2027 des lycées viticoles européens.

29,7 % des chefs d’exploitation bientôt en âge de partir

Le défi du renouvellement des générations n’a rien de théorique. Selon les chiffres rapportés par La Nouvelle République, 29,7 % des chefs d’exploitation viticole du Val d’Amboise seront en âge de partir à la retraite en 2032. Autant de domaines, de savoir-faire et de terroirs à transmettre dans les prochaines années.

Cette échéance s’inscrit dans un mouvement plus large de départs en retraite anticipés qui touche de nombreux métiers en France. Pour la viticulture, l’enjeu est double : assurer la continuité des exploitations et préserver un vignoble au patrimoine reconnu.

Pour les vignerons concernés, la transmission est un chantier à part entière. Trouver un repreneur ne se résume pas à céder un foncier : il faut transmettre un outil de travail, un stock, des clients et un savoir-faire. La Chambre d’agriculture, qui accompagne ces dossiers, joue un rôle clé pour rapprocher cédants et porteurs de projet.

Reconversion et formation, les nouvelles portes d’entrée

Côté adultes, la reconversion ouvre une autre voie. Certains se préparent au métier d’ouvrier viticole, d’autres reviennent vers l’exploitation familiale après une première carrière. Une dynamique qui rejoint l’essor de la reconversion professionnelle financée par le CPF et les dispositifs de formation continue.

Côté jeunes, le vivier local reste essentiel : en seconde professionnelle et en bac pro, une grande partie des élèves viennent du bassin d’Amboise. Les adultes en reconversion, eux, arrivent avec une expérience professionnelle déjà solide, qu’ils mettent au service de leur nouvelle vie. Deux profils différents, mais un même objectif : faire vivre le vignoble de demain.

Pour susciter les vocations plus tôt, l’établissement va aussi à la rencontre des collégiens. « Aujourd’hui, on amène les jeunes au métier par la plante plus que par le produit fini », explique le directeur. Former ne garantit toutefois pas une installation locale : le lycée accompagne les projets, mais la question de l’avenir du terroir reste ouverte.

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